« La maintenance, ça apporte de la sérénité pour les navigations à venir. »
PORTRAIT

Charlotte a découvert la croisière il y a trois ans lors d'un séjour niveau 1, en cherchant simplement des vacances. Depuis, elle a fait tout son cursus à l'UCPA, est devenue monitrice bénévole, et a même déménagé de Lille à Lorient pour se rapprocher de la mer et de la base. Elle nous parle de son rapport très concret à la maintenance des voiliers, et d'une vraie avarie mémorable qui lui a prouvé que savoir bricoler change tout.
Tu as déménagé de Lille à Lorient en partie pour l'UCPA, c'est un engagement assez radical, non ?
Oui, je suis un cas extrême, j'en suis consciente ! J'avais envie de me rapprocher de la mer, de changer de ville. Il restait en gros Saint-Malo, Lorient ou Vannes. Et Lorient, c'est là où je connaissais déjà des gens grâce à l'UCPA. Ça a fait la différence. Et maintenant, j'habite à deux pas de la base, ce qui me permet d'encadrer à la demi-journée, de passer un coup de tête sur les pontons quand les bateaux rentrent le vendredi… et de rester donner un coup de main quand visiblement on a besoin d'aide.
Comment ça se passe concrètement, ces moments de maintenance au fil de l'eau ?
C'est très varié. Parfois, c'est opportuniste : je passe, je vois qu'il y a besoin de bras, je reste. J'ai déjà eu Laurent, l'ancien RTQ, qui m'appelle pour monter au mât l'après-midi. Je finis mon service à telle heure, j'arrive juste après. Mes horaires d'infirmière me donnent souvent des demi-journées libres, que ce soit le matin avant de travailler ou l'après-midi. Ça rend tout ça possible. J'ai aussi participé à des semaines plus structurées : du carénage à Lorient, de l'entretien moteur à Toulon. Ces moments permettent de vraiment travailler en équipe et apprendre à connaître les gens, ce qu'on n'a pas le temps de faire autrement.
Tu as une anecdote marquante où la maintenance t'a vraiment servi en navigation ?
Oui, une avarie de barre à roue, avec un groupe niveau 1. On partait tôt le matin de Belle-Île pour traverser le polygone de Gâvres avant les tirs. On passe à l'est de Groix, je décide de virer de bord pour prendre un ris et là, on perd nos drosses dans le virement. Le bateau fait deux tours sur lui-même, ça claque dans tous les sens. C'était impressionnant. On finit par rentrer à la barre franche à Port-Tudy, au moteur. Et là, amarrés sur une bouée dans l'avant-port, toute l'équipe reste à bord pour réparer. Personne ne part se promener en ville. On cherche dans les manuels, on démonte, on raisonne. Et on a réparé. On a fait des petits tours dans l'avant-port pour tester avant de prendre une vraie place de port et ça a fonctionné.
On est passés d'un moment de frayeur à un moment de solidarité et de convivialité autour d'une galère, c'est ça aussi la vie d'équipage.
Est-ce que tu penses que la maintenance change la façon dont on navigue ?
Complètement. Ça structure un raisonnement. Quand quelque chose ne fonctionne pas, tu te demandes comment c'est censé marcher, tu cherches l'endroit le plus accessible, tu prends des photos avant de démonter pour être sûr de tout remonter dans le bon sens. Ce n'est pas inné, c'est quelque chose qui s'apprend. Et une fois que tu as cette méthode en tête, les situations de crise sont beaucoup moins paralysantes. Avant cette avarie, je n'avais jamais vu à quoi ressemblaient des drosses à l'intérieur d'un bateau. Mais j'avais quand même une logique pour aborder le problème.
Un mot pour convaincre un bénévole qui hésiterait à se lancer ?
Tout est une opportunité pour apprendre. Il faut juste oser se lancer. Et dans tous les cas, vous passerez un bon moment à découvrir les bateaux sous un autre angle, et à apprendre à connaître vraiment les gens avec qui vous naviguez toute la saison.